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samedi, novembre 22 2008

« Une condition déchirée »


« C'est parce qu'il n'y a pas de pensée sans langage, que la Forme est la première et la dernière instance de la responsabilité littéraire, et c'est parce que la société n'est pas réconciliée, que le langage, nécessaire et nécessairement dirigé, institue pour l'écrivain une condition déchirée. »

Roland Barthes, Le degré zéro de l'écriture
Editions du Seuil, Collection Pierres Vives, 1953

Ecrire / Organiser / Penser


« Car écrire, c'est déjà organiser le monde, c'est déjà penser (apprendre une langue, c'est apprendre comment on pense dans cette langue). »

Roland Barthes, Critique et Vérité
Editions du Seuil, Collection Tel Quel, 1966

dimanche, novembre 16 2008

Produire...


« Produire, je ne sais pas ce que cela veut dire, le regard c'est déjà beaucoup de travail. Quelquefois je donne deux coups de pinceaux sur une toile et je suis presque épuisé. Parfois je peins pendant trois jours sans trouver le sommeil et je n'ai pas l'impression d'avoir travaillé... »

« ... Ce que j'aurais souhaité, c'est une rétrospective sans mes œuvres, mais il faut avoir une qualité dans le disparition que je n'ai pas encore. »

© Jean-Luc Blanc
In : Particules n° 21, octobre/novembre 2008

samedi, novembre 15 2008

L'entreprise d'écrire (III)


L'écriture, dans son exécution, reste-t-elle fidèle ?
Oui, lorsqu'elle suit le cheminement de la conscience de qui écrit.
Non, lorsque sa progression l'entraîne — c'est inévitable — dans un mouvement inverse.
L'écriture réussit son échec.
L'échec de son entreprise.
Son pouvoir est de se déposséder.
Et ceci quelles que soient les précautions prises pour sauver les apparences.

vendredi, novembre 14 2008

« La connaissance, comme un bateau qui ne peut caler ses voiles... »


« La connaissance, comme un bateau qui ne peut caler ses voiles, s'éloigne de plus en plus vers les choses que la main n'arrive plus à atteindre ni l'œil à voir. L'intelligence de l'homme perd peu à peu son caractère "manuel" et se liquéfie. Et quand la liquéfaction ne suffit plus, l'intelligence "s'atmosphérise", devient particule dans l'espace. Et quand l'état d'espace dans l'espace prend encore trop corps, est encore trop "touchable", l'intelligence s'anéantit. La fin du monde adviendra par la tentation de l'infini. »

Alberto Savinio, Ville, j'écoute ton coeur
© Gallimard, 1982

L'accident de la dialectique


« La dialectique peut faillir. Hegel a décrit ce cas de dégénérescence dans la Phénoménologie, au chapitre de la Raison Observante, comme une dégradation de la contradiction aboutissant au paradoxe, c'est-à-dire se figeant. La dégradation de la contradiction, c'est le contraire. La dialectique atteint son "pire étage" lorsque la réalité qui en est le sujet s'inverse elle-même : lorsque l'esprit devient "un os". Le terme d'un tel processus n'est plus un passage mais un renversement total et nécessaire. On sait le parti que le marxisme a tiré de cette analyse. À cette sorte de pourriture dans la machine, à cette faille dans le système, Hegel donne le nom de "mal". Il y a certes logique, mais logique de la dégradation, développement d'un processus jusqu'à sa propre mort : la contradiction vivante se fige en inertie, l'interaction retombe dans l'opposition morte. C'est donc en ce lieu précisément que l'on doit situer la notion de révolution, "le point critique de l'esprit" : niée comme catégorie, elle représente l'accident de la dialectique mais, inversement comme telle, elle est nécessaire au développement du processus, elle est son terme. Ainsi Hegel a-t-il dit sa contradiction. »

© Marie-Françoise Cassiau, Hegel ou la logique de la ruse
In L'Arc n° 38, consacré à Hegel, 2ème trim. 1969

jeudi, novembre 13 2008

L'entreprise d'écrire (II)


Qui écrit consent à écrire.
De l'entreprise d’écrire, on s'éprend.
Il s’agit à présent de s'en déprendre.
L’écriture comme un cercle.
Fermé sur lui-même.
La fin est ramenée au commencement.
Un cercle de cercles.
Qui (r)enferme la pensée.
La vérité parle à travers.
La vérité se déplace dans le langage.
L’affecte.
Le désaffecte.
C’est avec des yeux obscurcis et de façon crépusculaire qu’on entreprend d’écrire.
Même les failles sont prévues — sont prévisibles.

L'entreprise d'écrire (I)


Écrire — l'entreprise d'écrire.
L'entreprise d'écrire ne demande aucune justification préliminaire.
On écrit à demi-aveugle.
Avec le clair-obscur comme lumière.
On écrit avec l'écriture.
Avec l'écriture comme totalité.
Comme totalité irréductible.
Dans l'urgence.
L'urgence d'écrire.
De ne pas écrire.
Quel(s) que soi(en)t l'événement, les événements.
Avec l'écriture comme trompe-l'œil.
« L'écriture comme trompe-l'œil » est une phrase toujours vraie — toujours fausse.
L'urgence (d'écrire) s'annule du fait de sa permanence.
On écrit le temps.
Avec le temps.
Avec le temps en soi.
Le temps devant soi.
On le résume.
« Résumer (mon) temps dans (ma) pensée » (Hegel, préface aux Principes de la Philosophie du Droit)
Avec des dissonances.
Pour que l'accord — un accord — se fasse.
Avec l'hétérogène.
L'hétérogène pour rencontrer une homogénéité.
Pour mettre fin.
Mettre fin à l'infini qu'est l'urgence d'écrire — de ne pas écrire.

mercredi, novembre 12 2008

Titre


Titre pour un nouveau livre :
« Une seule et longue phrase sans césure à jamais inintelligible ».
(Saint-John Perse, Exil)

« Je n'ai jamais pu penser... »


« Je n'ai jamais pu penser, je le sais, mais si je l'avais su, et fait alors, je me serais simplement couché et laissé vider, à l'image du lapin. »

Samuel Beckett, Têtes-Mortes

dimanche, novembre 2 2008

« Je n'ai jamais été psychanalysé... »


(...) Je n'ai jamais été psychanalysé. Je vais vous dire comment cela se fait. J'ai toujours eu mes doutes quant à la psychanalyse. Je connaissais la phrase de Rilke à un ami qui voulait qu'il se fasse psychanalyser. Rilke a dit, « Je suis sûr qu'ils me débarrasseraient de mes démons, mais je crains qu'ils n'effarouchent mes anges. » Quand je suis allé chez le psychanalyste pour une sorte de visite préliminaire, il m'a dit, « Je vais si bien vous arranger que vous écrirez beaucoup plus de musique que maintenant. » J'ai dit, « Grand Dieux ! J'en écris déjà trop, il me semble. » (...)

John Cage, Postscriptum au Discours sur rien
In Silence, discours et écrits par John Cage
© Editions Denoël, 1970

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mardi, octobre 28 2008

Le désert


« En chacun de nous, il y a comme une ascèse, une partie dirigée contre nous-mêmes. Nous sommes des déserts, mais peuplés de tribus, de faunes et de flores. (...) Et toutes ces peuplades, toutes ces foules, n'empêchent pas le désert, qui est notre ascèse même, au contraire elles l'habitent, elles passent par lui, sur lui. (...) Le désert, l'expérimentation sur soi-même, est notre seule identité, notre chance unique pour toutes les combinaisons qui nous habitent. »

Gilles Deleuze, Dialogues avec Claire Parnet
© Flammarion, 1977

vendredi, septembre 26 2008

« Je ne suis pas assez intelligent... »


Gil J Wolman : « Je ne suis pas assez intelligent pour comprendre ce que je fais. »

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mardi, septembre 16 2008

Lacan


« Il fait partie des gens qui ne parlent pas directement. Il y avait un jeu d'échecs immédiat dans la conversation. C'était une conversation entre systèmes logiques, et ça c'est amusant. Lacan était tout sauf un progressiste et un humaniste. C'est quelqu'un qui pensait que l'être humain a vraiment de très mauvaises intentions. Il pensait donc des choses extrêmement raides à ce sujet. Un pessimisme transformé malgré tout en gai savoir. C'est étonnant : comment avoir à la fois un pessimisme aussi profond, aussi radical, et le prendre un peu à la rigolade quand même. Parce qu'il était rigolo. »

Philippe Sollers, Lacan même
Préface de Jacques-Alain Miller
© Navarin Editeur, 2005

lundi, septembre 15 2008

« Je m'intéresse au fait qu'un objet devienne suspect... »


« J'essaie de savoir pourquoi je désire tant produire des objets différents, tout en sachant qu'il y a un lien commun, qui correspondrait à un état d'esprit plutôt qu'à un style. Je cherche ce qu'il m'est permis de penser et de faire dans ce monde chaotique sans tomber dans l'eau tiède... »

« Je m'intéresse au fait qu'un objet devienne suspect, qu'on puisse le suspecter de ne pas représenter ce qu'il devrait à première vue dire, signaler, montrer. »

Sammy Engramer
In "Communiqué de presse" de l'exposition : Sammy Engramer, Ne Pipe
Galerie Claude Papillon, Paris
6 septembre - 8 novembre 2008

lundi, septembre 1 2008

Désordre


« Joignez ce qui est complet et ce qui ne l'est pas, ce qui concorde et ce qui discorde, ce qui est en harmonie et ce qui est en désaccord ».

Héraclite

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© Jean-Louis Garnell, Désordre #7, 1988, 54 x 69cm, Cprint

lundi, août 25 2008

« Le reste, hélas, est de moi... »


« J'aimerais un jour parvenir à la morne platitude distante des catalogues de la Manufacture française d'armes et cycles de Saint-Etienne, du Comptoir commercial d'outillage, du Manuel de synthèse ostéologique de MM. Müller, Allgöwer, Willeneger, ou des vitrines du magasin des pompes funèbres Borniol (ces beaux poncifs). En attendant, loin du compte, j'ai recopié des rouleaux de télex hippiques, France-Soir (avec toutes ses éditions), des paroles de chansons anglaises, des dialogues d'anciens films célèbres, des prospectus pharmaceutiques, des publicités de mode, lambeaux sur lesquels, furtivement, s'écrit le temps mieux que dans les œuvres. Le reste, hélas, est de moi ; probablement. » (...)

Jean-Jacques Schuhl
Rose poussière
© Nrf, Gallimard, Collection Le Chemin, 1972

samedi, août 23 2008

Miroslav Tichý


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Miroslav Tichý, MT Inv. no.: 1-35, © Foundation Tichý oceán

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Miroslav Tichý, MT Inv. no.: 3-8-151 © Foundation Tichý oceán

vendredi, août 22 2008

« Je n'ai pas l'expérience de l'image salvatrice... »


(...) « Pour moi, qui suis né vers la fin de la seconde guerre mondiale, l'image est pervertie. Au lieu de montrer, elle délave, elle efface la présence des choses. Elle affadit, elle rend inexistant. Elle édulcore, banalise, ridiculise l'événement : le fait divers non moins que l'observateur. Je n'ai pas l'expérience de l'image salvatrice. Je ne suis pas né au début du siècle. Je n'ai pas été le contemporain de Tiepolo ou de Giotto. Je n'ai pas connu le temps où l'image était rare et était l'exclusivité de l'artiste. La délivrance, actuellement, ne me semble pas devoir venir d'une composition visuelle. L'image pervertie et indifférente l'a, me semble-t-il, compromise. Je ne pense pas que l'événement tragique d'aujourd'hui aspire à sa représentation salvatrice. Qu'est-ce qui fait l'événement tragique dans l'indifférence quantitative des médias ? Pour Picasso, ce fut le bombardement d'une petite ville espagnole. Quel effet a eu Guernica ? Et les visages défigurés et grimaçants du même peintre ? Question qui s'imposa à moi lorsque je vis pour la première fois — j'étais étudiant — un ensemble de tableaux de Mondrian dans un espace silencieux. J'aimerais pouvoir comparer l'utopie picturale de Mondrian avec la représentation tragique de Picasso. Laquelle est la plus supportable et laquelle est la plus prégnante ? » (...)

Rémy Zaugg
Lettre à Pierre Klossowski
Bâle, le 24 avril 1988

In catalogue Rémy Zaugg, A propos d'un tableau
ARC Musée d'art moderne de la ville de Paris, 1988

mardi, août 19 2008

Une peinture pensante


J'évoquais lors de notre rencontre Chirico et Savinio. Ils incarnent le mieux au XXeme siècle ce que je qualifierais de la même façon. Une peinture pensante. A savoir tout est mis à visibilité, tout est conscientisé — plutôt que porté à conscience —. C'est-à-dire qu'il s'agit d'une activité, d'un mode dynamique et non pas un constat. Les caprices (gravures) de Tiepolo sont du même jus, Mantegna aussi, Cézanne, Malévitch, Picasso. Conscience aigue de leur époque. Capacité d'agrégation très grande de leur art : c'est-à-dire, il est capable de recevoir de nombreuses formes et problématiques qui le rendent riche, sans lourdeur. Cette définition peut paraître académique à souhait, en fait c'est une « chose » que je redécouvre en permanence et qui me fascine toujours encore. Je parle bien d'une agrégation et non d'une quantité plus ou moins grande de culture.

Daniel Schlier

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